« il faut des cœurs de femmes, toutes données à Dieu, pour vivre avec les pauvres de l’Hôtel-Dieu, les soigner et les entourer d’amitié, leur faisant ainsi découvrir l’amour dont Dieu les aime ».

Le fondateur de l’ordre

Pierre Le Proust naît en 1624. Dès l’âge de 15 ans, il frappe à la porte des Augustins. Pendant son noviciat, sous le nom d’Ange, il lit la vie d’un confrère de l’ordre de Saint-Augustin, Thomas de Villeneuve, religieux espagnol devenu, malgré lui, archevêque de Valence (Espagne), dont le procès de canonisation est en cours. Il admire l’ardente et active charité de ce prélat envers les pauvres de son diocèse, et plus encore sa grande piété envers le Saint Sacrement. Il le prend dès lors comme modèle et protecteur.

Il est ordonné prêtre en 1649. Il va à Lamballe (Côtes-d’Armor) comme professeur de philosophie puis visiteur. Il y découvre le petit Hôtel-Dieu ; les malades sont dans un si lamentable état, qu’il en éprouve une grande émotion. Mais en 1655, il doit regagner Poitiers pour y enseigner la théologie.

En 1658, Thomas de Villeneuve est canonisé et de grandes fêtes sont organisées dans tous les couvents de l’Ordre. L’année suivante, le Père Ange est nommé à 35 ans prieur du couvent de Lamballe. Le nouveau prieur organise alors des festivités en l’honneur de Saint Thomas de Villeneuve. C’est au cours d’une adoration du Saint Sacrement qu’il reçut « l’illumination » de ce qu’il devait entreprendre pour remédier à l’état des pauvres de l’Hôtel-Dieu : « il faut des cœurs de femmes, toutes données à Dieu, pour vivre avec les pauvres de l’Hôtel-Dieu, les soigner et les entourer d’amitié, leur faisant ainsi découvrir l’amour dont Dieu les aime ».

C’est en mars 1661 que les premières dames de sa société arrivent officiellement à l’Hôtel-Dieu de Lamballe.

En 1665, Le Père Ange est rappelé à Paris comme professeur de théologie au couvent de des Petits Augustins. Jusqu’à son départ, il continue la formation de ses filles qui bénéficient de ses conseils et de son expérience. Par la suite, l’activité du fondateur se partagera entre l’Ordre de Saint-Augustin et sa Société.

Quatre communautés sont créées sur Paris dans les dernières années de sa vie, dont un hospice à Vaugirard en 1694 où il fait bâtir une chapelle ; au total en 1697, ce sont 33 communautés qui sont créées, entre la Bretagne, le Poitou, et l’Île-de-France. Mais la santé du Père Ange se dégrade de plus en plus. Alité quelques mois en 1697, il témoigne ainsi de sa vie : « J’ai tâché de faire, avec la grâce de Dieu, tout ce qui m’a été possible pour le soulagement des membres de Jésus Christ et la propagation de la Société. »

Il meurt le 16 octobre 1697.

Le lendemain, 17 octobre, il est inhumé dans le cloître du couvent des Petits-Augustins. Ce cloître devant être détruit en octobre 1834, la Congrégation pu récupérer ses restes. Sa tombe se trouve actuellement à la chapelle de la Maison-Mère à Neuilly-sur-Seine.

Spiritualité

La spiritualité du Père Ange est une spiritualité de la présence vivante du Christ : elle est marquée d’une insistance particulière à chercher l’amour de Dieu dans l’union au Christ vivant, tant dans les pauvres que dans l’Eucharistie.

Il a aussi une piété filiale envers la Vierge Marie, et sa dévotion envers le Saint Sacrement et le Sacrifice Eucharistique lui vaut l’estime des Évêques.

Le Père Ange, dans ses consignes aux religieuses de sa société, donne une grande importance aux conseils évangéliques : épouses de Jésus-Christ par la chasteté« joyau qui seul fait leur dot », elles vivront l’obéissance« cette vertu qui [les] distingue d’avec le monde », et la pauvreté par la mise en commun des biens et par le détachement dans l’habit de tout luxe et de toute parure.

Les règles primitives n’hésitent pas à affirmer que le service des pauvres est la principale des actions de la religieuse de Saint-Thomas de Villeneuve : cet amour de Dieu dont elle vit, elle doit le déverser sur les pauvres. le pauvre, c’est Jésus lui-même.

Soigner les pauvres « corporellement » n’est qu’un moyen. Le but, pour le Père Ange, c’est de leur apporter un secours spirituel